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Hors Saison : un film en mode aléatoire

Hors Saison : un film en mode aléatoire

22 janvier 2018 par 

Les amateurs de poésie et de surréalisme se souviennent des Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau. Dans cette œuvre magistrale, le poète français repoussait les limites de l’édition. Grâce à un astucieux système de vers écrits sur des bandelettes, il était possible de créer soi-même l’ordre dans lequel les textes étaient lus. Raymond Queneau proposait donc à ses lecteurs de devenir créateurs en rendant unique chaque lecture : une combinaison quasi illimitée de poèmes découlant de l’ordonnancement choisi.

Inspirés par ce principe créatif surréaliste, les membres du collectif Vivier 48 (regroupement de cinéastes et d’artistes de l’audiovisuel) proposent aujourd’hui une expérience originale autour du cinéma. Imaginez une sorte de laboratoire qui génère aléatoirement (grâce à un programme informatique) les scènes que le spectateur va regarder. Pour créer ce film aléatoire, cinq cinéastes ont tourné cinq histoires distinctes pas nécessairement liées entre elles, mais qui prennent forment dans le même espace-temps.

Le scénario se déroule dans un hôtel matanais aux allures de bateau ivre dans lequel se télescopent une galerie de personnages tous aussi originaux et complexes qu’excentriques. Entre une cuisinière intimidée par sa serveuse, un homme politique portant un lourd secret, une femme au bord de la crise de nerfs et son mononc’ de mari, une femme de ménage inquiétante, un type mégalo littéralement crosseur (hilarant Jean-Maxime Lévesque) ou encore un couple qui n’en est pas vraiment un, le spectateur se retrouve vite happé par ce drôle de concept. Un concept par moments jubilatoire tant on sent le plaisir des réalisateurs et des réalisatrices à créer un univers riche, empruntant autant au film d’épouvante qu’au thriller politique, au film d’auteur ou à la chronique sociale tendance Ken Loach.

L’expérience prend tout son sens à mesure que l’on y plonge. On se retrouve ainsi, après un premier visionnement, presque en état de manque. On en veut plus pour comprendre, car une séquence de quinze minutes ne permet pas de voir toutes les scènes tournées. Accrochez-vous, le concept offre 3 125 possibilités de montages! Autant de portes (de chambres) qui s’ouvrent sur une multitude de scénarios ou d’histoires qui se croisent, s’entremêlent et jettent un éclairage sur les zones d’ombres des scènes vues précédemment.

Et c’est là que le projet devient complexe. Même en déconstruisant la structure des cinq courts-métrages de base, le montage aléatoire permet un visionnement clair et limpide de l’ensemble. Le cœur du projet réside incontestablement dans un véritable travail de montage. On aurait néanmoins aimé que celui-ci renverse un peu plus nos perceptions et vienne contrebalancer ce que l’on tient rapidement pour acquis. Mais bon, Hors Saison a été pensé et réfléchi pour donner une cohérence à l’ensemble, et c’est bien là l’essentiel et le tour de force de cette expérience cinématographique réussie.

 

Hors Saison : une idée originale de François Wells. Réalisation : Nathalie Bernier, Jean-Guy Dupéré, Marc Tremblay, Marie-Claude Tremblay, Steve Verreaut. Site Internet : horssaison.ca.

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