dernier numéro

VOL XXIII No.6 Agriculture de proximité: un engagement social

Je ne saurai pas dire à l’allure de tes chiffres s’il fera bon vivre demain

Je ne saurai pas dire à l’allure de tes chiffres s’il fera bon vivre demain

22 mars 2017 par 

Stéphanie Pelletier, Sara Dignard et Isabelle Blouin-Gagné. Photo: Sébastien Raboin

Depuis un certain temps, je regarde pour ma sœur le prix des maisons qui sont à vendre. J’aimerais qu’elle et sa petite famille se rapprochent du Bas-Saint-Laurent. Il reste à les convaincre de faire le grand saut, mais l’annonce qui vient de tomber ne m’aidera pas : entre 2011 et 2016, plus de gens ont quitté le Bas-Saint-Laurent que de familles sont venues y habiter.

Les chiffres, c’est pratique parce que c’est froid, distant, impersonnel. Avec des statistiques, on n’a pas besoin de rencontrer les gens, de leur demander comment ils subsistent avec de moins en moins de services.

C’est un peu pour trancher avec ces chiffres froids que trois membres de la compagnie L’Exil sont allées à la rencontre des habitants de la région. Isabelle Blouin-Gagné, Sara Dignard et Stéphanie Pelletier ont demandé aux gens d’ici de témoigner de l’amour qu’il porte au territoire et de la nécessité d’y habiter. De ces rencontres a découlé l’écriture du spectacle : Je saurai à l’allure de tes glaces le temps qu’il fera demain, mis en scène par Denis LeBlond. Il ne s’agit pas de théâtre ni de fiction : les trois auteures et interprètes n’ont fait qu’envelopper les témoignages recueillis de leurs univers. Il est donc normal d’y voir des phrases si intimes que nous aurions pu nous-mêmes les dire à un proche :

« je suis arrivée chez toi les mains vides
et pourtant tu m’as retenue
fixé un point sur la carte »

Dans cet univers, tout est une question de parole, d’écoute et de grandiose. Du grandiose, oui, mais qui reste simple. « Si on veut réussir à faire une tournée, ça doit tenir dans deux valises de char », avoue la scénographe Sophie Desjardins-Gagnon.

Mais comment faire simple quand il y a tant à dire? C’est facile justement, tout est dans le texte :

« la forêt toujours nous laissera passer
dans ses clairières de plaines vastes et étendues
où nous replanterons une à une les boutures
Ils auront beau brûler les maisons
les fondations tiendront
les derniers madriers comme des drapeaux en berne »

Mais il serait faux de dire que Je saurai à l’allure de tes glaces le temps qu’il fera demain agit comme une simple tape dans le dos pour féliciter ceux qui habitent la région.

Si les textes parlent d’amertume ou de révolte, c’est parce qu’ici, les gens en vivent tous les jours et que Je saurai à l’allure de tes glaces le temps qu’il fera demain est « un spectacle qui a commencé avec les gens et qui finira avec les gens ».

Je saurai à l’allure de tes glaces le temps qu’il fera demain sera présenté au Théâtre du Bic les 7 et 8 avril à 19 h 30.

Consultez le journal au format numérique
Visionner

Consultez le calendrier culturel du Girafe