Des poèmes d’amour, c’est moins direct qu’une étiquette de bière arrachée

Des poèmes d’amour, c’est moins direct qu’une étiquette de bière arrachée

17 juillet 2016 par 
Mathieu Arsenault, Le guide des bars et pubs du Saguenay, Le Quartanier, 2016, 56 p. Mathieu Arsenault, Le guide des bars et pubs du Saguenay, Le Quartanier, 2016, 56 p.

Mathieu Arsenault, Le guide des bars et pubs du Saguenay, Le Quartanier, 2016, 56 p.

Je n’aime pas quand on parle de la poésie seulement pour parler de quelque chose de beau. Il y a quelque chose qui m’agresse dans cette idée de la belle image poétique, de la métaphore romantique et bucolique, de la poésie de la vie; pour frôler le cliché. C’est en tenant ce style de discours que l’on peut arriver, selon moi, à dire : « Je parle de poésie : je ne parle pas de poème. » Un conseil, ne dites jamais ça dans un bar de Trois-Rivières en automne, vous allez vous faire lyncher. Et heureusement, c’est dorénavant le cas pour les bars du Saguenay, et certains de Rimouski, grâce à la dernière parution de Mathieu Arsenault Le guide des bars et pubs du Saguenay. Avec ce livre, on peut voir que la poésie ne réside pas dans le beau, le sublime et la floraison, mais dans l’ordinaire, les vendredis soirs et les jokes de chasse. Comme dans ce poème nommé « La Chandelle » : « T’as-tu tué moi j’ai pas tué/ mais l’année passée j’ai tué/ tue, tue pas, l’important c’est d’avoir du fonne/ la serveuse me trouverait mieux à ma place/ au sous-bois ou au bar à pitons/ mais m’invite tout de même vendredi soir/ aux shows érotiques de l’illusion sur Saint-Paul/ c’est du monde de Québec sont bin bonnes. » Cette poésie-là, elle est profondément humaine et a gardé une connexion avec ce qu’il y a de plus humain en nous. Une vérité n’a pas besoin d’artifices ou de caméras pour être intéressante. Elle n’a même plus besoin de poésie, elle n’est que notes et gribouillages. Et ça, Arsenault le cerne très bien dans la partie essai de son livre qui accompagne les poèmes : « Des notes qui pencheraient plus vers la poésie que la microfiction. L’atmosphère, bien sûr, s’y prêtait. Je reconnaissais en effet l’espace de la poésie d’Alexandre Dostie, d’Érika Soucy ou de Patrice Desbiens. Ces poètes ont travaillé depuis le même genre d’endroits et développé une grammaire du regard dont les éléments me revenaient naturellement. » La poésie, c’est quelque chose qui relève beaucoup plus de l’anecdote ou de la soirée bien arrosée que d’un coucher de soleil, c’est ce que Mathieu Arsenault pointe du doigt. Espérons que beaucoup regarderont ce qu’il pointe, et non le doigt.

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