Les femmes et le développement local

Les femmes et le développement local

23 mars 2015 par 
Ce texte est publié dans le cahier spécial « Le GRIDEQ 40 ans de partage et de croisement des savoirs » publié pour souligner les 40 ans du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional, de l’est du Québec (GRIDEQ). Raymond Beaudry est chercheur et chargé de cours UQAR.

En 2012, le Centre de femmes de la Vallée de la Matapédia (CFVM) obtenait une subvention de Condition féminine Canada pour le projet Ensemble pour un mieux-être économique des femmes. Le projet consistait à préparer, durant une période de trois ans, un plan d’action communautaire sur la sécurité et la prospérité économiques des femmes avec la collaboration des organismes locaux. Il s’agissait de créer un réseau de partenaires pour appuyer et prendre en charge des projets qui permettraient aux femmes qui habitent particulièrement en milieu rural d’acquérir une autonomie financière. Parmi les projets retenus, il y avait la création de jardins et de cuisines communautaires, l’accès au microcrédit, la création d’une accorderie, la sensibilisation des entreprises à l’importance de la conciliation travail-famille et la participation des femmes au développement du secteur de la biomasse.

Dans le cadre de son plan d’action communautaire, le CFVM a demandé une participation du GRIDEQ pour une évaluation externe. Nous avons convenu que l’évaluation porterait sur l’analyse des enjeux concernant la sécurité et la prospérité économiques des femmes et les interactions entre les actrices et les acteurs locaux, régionaux et nationaux. Pour aborder ces questions, nous avons proposé à l’agente de développement communautaire la tenue d’un journal de bord. Celui-ci est compris comme un instrument de cueillette de données qui permet de garder en mémoire les étapes de la recherche, les rencontres, les événements et les moments importants et signifiants. Il est aussi un outil de réflexion et de connaissance sur l’ensemble des enjeux territoriaux. C’est sur ces deux aspects du journal de bord que portaient les entretiens avec l’agente de développement et la coordonnatrice du CFVM.

Du point de vue des intervenantes du CFVM, le plan d’action communautaire reposait essentiellement sur un projet sociopolitique de transformation des rapports de sexe, de pouvoir et de domination, à partir duquel sont rattachées des valeurs d’entraide, de solidarité, de justice, d’égalité et d’équité. C’est dans cette matrice que peuvent se penser les projets économiques où l’individu qui aspire à une plus grande autonomie n’est jamais séparé de son lien avec la communauté, dont les assises reposent sur un ensemble de réalités concrètes tout en étant ancrées dans un idéal commun.

Les conséquences d’une telle politique viennent freiner et défaire une partie du travail entrepris par le CFVM qui a permis de rassembler une pluralité d’actrices et d’acteurs pour la mise en œuvre d’un plan d’action communautaire pour le mieux-être économique des femmes.

Si le CFVM a élargi ses capacités d’intervention au sein des structures locales et régionales, c’est non sans difficulté considérant que les femmes sont toujours confrontées à une culture de « Boys Club », mais aussi à un régime politique qui désamorce les capacités des actrices et des acteurs locaux et régionaux à agir individuellement et collectivement en faveur d’une orientation du développement qui s’inscrit dans des pratiques d’économie solidaire défendues par le CFVM. Les intervenantes du CFVM considèrent également que les avancées et les actions déployées pour construire collectivement une démarche de prospérité émancipatrice, comprise comme un partage de la richesse, un bien-être, une qualité de vie et une durabilité de la vie humaine, risquent d’être grandement fragilisées par les politiques d’austérité du gouvernement libéral du Québec. L’abolition des conférences régionales des élus et de l’organisme Solidarité rurale du Québec, les coupes dans les sommes réservées aux centres locaux de développement, la réduction substantielle des fonds attribués au Conseil du statut de la femme, les coupes dans le programme Chapeau les filles!, qui vise l’accès des femmes aux métiers non traditionnels, et le retrait du Fonds de soutien aux territoires en difficulté sont parmi les mesures qui court-circuitent le plan d’action communautaire. Des mesures qui s’inscrivent également dans la transformation de l’État pour affaiblir, déstabiliser et démobiliser nos capacités d’agir et de débattre individuellement et collectivement au sein des instances locales et régionales.

Les conséquences d’une telle politique viennent freiner et défaire une partie du travail entrepris par le CFVM qui a permis de rassembler une pluralité d’actrices et d’acteurs pour la mise en œuvre d’un plan d’action communautaire pour le mieux-être économique des femmes. Mais ce projet a aussi tenté de tracer la voie à une pensée et à des actions qui, avec les hommes et les femmes des régions, participent à ce qu’un autre développement territorial soit possible.

Pour en savoir plus

Beaudry R., Bérubé N., D’Amour M. et L. Lapierre (2015) Rapport sur l’évaluation du projet du Centre de femmes de la Vallée de la Matapédia, Ensemble pour un mieux-être économique des femmes, GRIDEQ.

Côté, D., Des Rivières M., Thivierge N. et M. Tremblay (dir.) (1995) Du local au planétaire. Réflexions et pratiques de femmes en développement régional, Montréal, Éditions du remue-ménage.

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