Cacouna

Cacouna

17 juillet 2014 par 

« Cacouna est un grand sanatorium naturel. Sa salubrité, son altitude et sa température estivale moyenne, de même que ses brises marines et l’air embaumé qu’on y respire, en font un site spécialement attirant. L’air vivifiant procure un doux sommeil et un repos parfait. » Site de villégiature hautement apprécié à l’époque, c’est ainsi qu’on en vantait les charmes dans une annonce publicitaire parue en 1898 dans The Legends of The St.Lawrence signé James McPherson LeMoine. Cacouna était de fait considérée à la fin du XIXe siècle comme la « Brighton du Nord », Brighton étant la station balnéaire la plus prisée d’Angleterre. On y trouvait notamment un hôtel prestigieux, le St. Lawrence Hall, qui proposait 600 chambres et dont la salle à manger pouvait accueillir près de 800 convives. Cacouna conserve de cette époque un patrimoine bâti exceptionnel et s’est trouvé une niche tout à fait appropriée au sein de l’Association des plus beaux villages du Québec.

Ce type de villégiature ayant connu un déclin accéléré et ayant périclité au début du XXe siècle, et dans l’espoir de trouver un débouché pour certains produits locaux, on a commencé vers 1950 à exercer des pressions sur le gouvernement fédéral dans le but de doter Cacouna d’un port en eaux profondes, lequel fut finalement inauguré en 1981.

Et depuis…

Depuis, n’ayant pas été à la hauteur des expectatives malgré son potentiel, le port voit, chaque décennie, émerger sa flopée de promoteurs de haut calibre portant dans ses bagages le mégaprojet du siècle voué à faire de cette infrastructure un complexe portuaire industriel de gros calibre. Déjà, dans les années 1970, on parlait d’y accueillir des superpétroliers, alors que plus récemment, pour une très courte période, c’est le terminal méthanier qui a volé la vedette; un projet ayant avorté suite à l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis et à la chute des prix qui s’en est suivie.

Et maintenant…

Maintenant on apprend, comme ça, qu’une compagnie peut acquérir en un tour de main un port en eaux profondes au Québec et en faire à peu près ce qu’elle veut. Et on ne parle pas ici de peccadilles. Il est question d’acheminer par oléoduc, sur une distance de plus de 4 500 kilomètres, le pétrole dont les processus d’extraction s’avèrent parmi les plus polluants au monde. Génial! Et dans quel but? Simplement pour permettre aux producteurs d’atteindre ainsi les marchés étrangers et de trouver des débouchés et des prix plus attrayants pour cet or noir enclavé au cœur de l’Alberta. Gros-Cacouna deviendrait un port de transbordement de brut, au cœur d’une des zones maritimes les plus fragiles et les plus difficiles à naviguer au monde!

Et si ça n’avait aucune allure?

Et si ça n’avait aucun h… de bon sens?

Il existe sur place une faune et une flore exceptionnelles et, greffée à cette vie marine qui en arrache déjà, toute une industrie touristique dont les retombées sont déjà substantielles, voire vitales pour nombre de petits entrepreneurs et de travailleurs saisonniers. On a déjà abondamment épilogué sur l’absurdité de cette vaste supercherie qui ne se ferait, au bout du compte, qu’au profit des magnats du pétrole qui baignent déjà dans les milliards.

À l’autre bout du spectre, les Malécites ont déjà conçu au cœur de ce même périmètre le projet d’un complexe hôtelier où l’on célèbrerait leur culture en accueillant des visiteurs de tous les horizons. Et, il n’y a pas si longtemps, on a évoqué la possibilité d’y recevoir les immenses bateaux de croisière qui déversent déjà dans la ville de Québec et ailleurs des milliers de passagers au plus grand plaisir des commerçants locaux. Pourquoi ne pas faire la même chose ici, et que ces étrangers en profitent pour visiter nos campagnes, nos commerces, nos sites, musées et autres attractions? Voilà qui se ferait en continuité avec la vocation historique de Cacouna, telle qu’évoquée plus haut. Plutôt cette marée d’humains que la marée noire qui risque un jour de souiller les berges du Saint-Laurent, de Rivière-du-Loup à Gaspé, polluant notre environnement et ruinant tous les efforts de conservation et de mise en valeur consentis jusqu’à ce jour. Développement durable, disiez-vous? Certainement, et, mille fois, de préférence à un développement aucunement endurable!

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