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Vol XXIV No 1, Aider les proches aidants et aidantes

La Charte des valeurs et la transcendance

Collage et bris-collage

La Charte des valeurs et la transcendance

9 novembre 2013 par 

Ces positions sur la Charte de la langue française persistent encore de nos jours et remontent à la surface chaque fois que l’État québécois cherche à agir comme garant du bien vivre ensemble. Photo : Louis-Philippe Cusson

Collage journalistique. C’était en 1977. Le projet de loi sur la Charte de la langue française avait soulevé des propos virulents à l’endroit du nationalisme québécois et de ses représentants politiques.

« Un nationalisme étriqué du 19e siècle qui ne tient pas compte de la réalité nord-américaine dans laquelle nous vivons. »

« La Charte sème l’angoisse. »

« C’est une véritable saignée de talents, de capitaux. »

« Il y aura pénurie de professionnels, baisse générale du niveau de vie. »

« Y a-t-il encore une place au Québec pour le pluralisme et la tolérance ? »

« Je serai forcé de quitter le Québec parce que vous ne pouvez plus m’y tolérer. »

Le marché « refuse toute forme de coercition et souhaite que le gouvernement s’en tienne à l’approche “persuasive”. »

« Le PLQ dénonce l’esprit de vengeance de la Charte. »

« Des contraintes […] qui nuiraient à l’embauche. »

« Une première étape vers une forme de gouvernement totalitaire. »

La Charte « porte atteinte aux droits et libertés de la personne. »

La Charte « nuira au développement économique et donnera libre cours à l'intolérance tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Québec. »

« On ne peut que trembler devant la transformation de la société québécoise d’une société ouverte à une société fermée. »

La Charte « permet d’instaurer un régime de décision dictatoriale qui va affecter la vie de tous les Québécois. »

« La Charte s’oppose à celle des droits et libertés de la personne et ouvre la porte à des décisions dictatoriales. »

« Le Québec ressemble à l’Allemagne nazie. »

« Restreindre la liberté de choix à cet égard conduira à “l’âge des ténèbres”. »

« Un projet de loi conçu pour favoriser notre disparition. »

« Il est difficile d’entretenir des relations cordiales si le gouvernement nous perçoit comme une menace à la survivance de la majorité. »

« Vous avez invoqué de nombreux arguments pour justifier la nécessité de préserver votre communauté. Nous invoquons tous vos arguments pour justifier la nécessité de préserver notre communauté dans notre province. »

« Un projet de loi “séparatiste”, qui risque de provoquer l’exode. »

Bris-collage. Ces positions sur la Charte de la langue française persistent encore de nos jours et remontent à la surface chaque fois que l’État québécois cherche à agir comme garant du bien vivre ensemble. L’État, le travail et l’individu sont encore au coeur des enjeux de société. Les tensions qui entourent la Charte des valeurs ne font que les révéler de nouveau, mais en les situant cette fois-ci dans un contexte où les positions en faveur d’un libéralisme étriqué se sont radicalisées, affaiblissant ainsi nos institutions au profit d’un « nouvel esprit capitaliste » qui valorise l’individu comme un être détaché de toute altérité au nom d’une réalité qui permet d’affirmer de manière irrévocable et dogmatique que : « c'est mon choix ». Ce relativisme ambiant introduit la défaite de la pensée, la fin de tout dialogue, le repli sur soi et l’incapacité de renouer avec une conception de la laïcité autre que celle de la liberté de culte comme le défend la pensée anglo-saxonne, ouvrant ainsi la porte à des droits différents pour que s’exprime le droit à la différence. (Une conception du droit et de la liberté qui a conduit le rapport Boyd, Résolution des différences en droit de famille : pour protéger le choix, pour promouvoir l’inclusion, à approuver les tribunaux religieux conformément au droit ontarien alors que le droit québécois le désapprouve au nom du principe de l’égalité des individus devant la loi.)

La Charte des valeurs nous incite à réfléchir sur le sens de la laïcité et de la transcendance dans un contexte où nos espoirs sont bien souvent remis entre les mains de la technique croyant y trouver les réponses à tous nos problèmes, mais qui ne fait qu’élargir le vide existentiel que le retour des croyances religieuses néoconservatrices cherche à combler. S’il y a inquiétude, elle vient du fait que nous sommes incapables de déconstruire le religieux sans détruire le sacré. Le chemin du religieux (dont celui des chrétiens et des musulmans) n’est ni alors dans l’illusion d’un matérialisme insignifiant qui accorde plus d’importance aux organisations (les institutions financières notamment) qu’à la condition humaine ni dans l’illusion d’un lien avec l’au-delà. Dans les deux cas, cette illusion fait signe que nous nous précipitons hors du monde alors qu’il y a urgence à la refondation du monde en évitant de confondre le sacré avec le divin (Dieu ou la Technique), le sacré étant le monde lui-même. C’est dans ce sens que l’on peut dire que la transcendance n’est pas religieuse, mais qu’elle est une réalité sensible, affective et spirituelle. Tel est le sens de la valeur.

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