La violence de l'indifférence

La violence de l'indifférence

14 mai 2012 par 

Tous nous avons vu et entendu Jean Charest à l’Assemblée nationale ce mardi 17 avril, revêtant son facies de victime incomprise, nous dire qu’il y avait eu des gestes de violence à l’encontre du domicile ou des bureaux de certains de ses collègues. Et à mot à peine couvert, en imputer la responsabilité aux étudiants, bien que la preuve formelle n’ait pas été établie. Et reprenant son langage badin qui n’est pas à la hauteur de la fonction, demander à la chef de l’opposition si elle avait du « jello » dans la colonne vertébrale. Dans un article antérieur (Honte sur nous), nous avions fait part de notre honte d’une telle suffisance et arrogance dans ces lieux où on devrait faire preuve de sens de responsabilité, puisque telle est la raison pour laquelle les citoyens nous ont octroyé leur confiance.

Comment peut-on expliquer la dégradation des comportements, alors que nous avons vu que l’indifférence de l’État n’avait eu raison, jusqu’à maintenant, de la patience des étudiants qui continuaient de façon festive et créative à exprimer leurs doléances?

La seule réponse qui nous paraît plausible c’est : la violence générée par l’indifférence…

Lors de la manifestation, d’un nombre historique inégalé au Québec, les étudiants de toutes les régions ont fait la démonstration d’une maturité citoyenne, d’un civisme et d’un sens des responsabilités peu communs, en disant d’une voix qu’ils ne partageaient pas la vision du gouvernement en place, et ce, de façon très créative par leurs costumes et leurs maquillages, au point que le chef de la police de la métropole est même allé jusqu’à dire « chapeau aux étudiants ». Bien avant cette manifestation historique, d’autres ont eu lieu tout aussi festives, créatives et pacifiques; et bien après aussi il y en a eu où parents, grands-parents, groupes sociaux, syndicats, enseignants, artistes et sympathisants à leur cause se sont unis à eux. 1 000 professeurs de cégeps et 500 d’universités ont aussi signé une pétition dénonçant le silence et le je « m’en foutisme » de la ministre de l’Éducation et demander la démission de la ministre.

Qu’en ont dit ces gens en poste? Rien! Vous n’êtes pas là, vous n’existez pas, on ne vous entend pas, vous ne valez même pas la peine qu’on vous prête attention. Il n’y eut aucun mot, aucune remarque de quelque nature de la part de ces gens au pouvoir, sauf pour dénigrer, voire mépriser. N’est-ce pas là un geste de violence psychologique sans nom?

Les matraques, le poivre de Cayenne, les bombes fumigènes ou assourdissantes que les policiers ont servis aux étudiants, à plus d’une reprise, sont des gestes violents. Il y a même cet étudiant qui en fut éborgné et en gardera des séquelles à vie. Mais qu’y a-t-il de plus insidieux, sournois que la violence psychologique dont l’État fait preuve par son silence et son indifférence? Et n’est-ce pas cette indifférence qui appelle des comportements de violence?

Nous avons aussi entendu Claude Castonguay ancien ministre libéral et père de l’assurance maladie, qui ne peut être considéré comme le plus grand agitateur du Québec, rappeler à l’ordre le premier ministre en lui demandant d’être à la hauteur de la fonction qu’il occupe et de mettre un terme au conflit en cessant l’indifférence.

Et ce dimanche 22 avril, jour de Gaïa notre Terre, des citoyens et citoyennes de toutes provenances ont marché, d’un même pas, pour manifester leur inquiétude face à l’avenir du Québec et surtout leur indignation sur la conduite actuelle de ces gens qui occupent des fonctions pour lesquelles ils font preuve plus d’apparence que de compétence.

Est-il nécessaire de parler de l’incompétence avec laquelle la ministre de l’Éducation gère le conflit actuel; est-il nécessaire de parler des relations mafieuses du secteur de la construction dont on ne voit que la pointe de l’iceberg pour le moment; est-il nécessaire de parler de l’irresponsabilité avec laquelle l’État s’apprête, encore une fois, à brader les ressources du Québec et à nous maintenir comme des scieurs de bois, locataires et chômeurs chez nous, comme l’a si bien chanté Félix Leclerc; est-il besoin de parler de notre inquiétude devant l’irrémédiable si nous n’agissons pas, maintenant, pour protéger notre environnement; est-il besoin de parler de l’iniquité grandissante qui sévit ici comme ailleurs, alors que l’on continue à pontifier cette oligarchie financière qui engendrera les pires tsunamis sociaux à venir… C’est tout cela et d’autres indignations qui uniront les citoyens et les citoyennes pour un printemps québécois. Tous et toutes feront preuve d’un sens de responsabilité citoyenne en se manifestant.

Nous imaginons facilement l’indifférence avec laquelle le gouvernement actuel accueillera ces cris du silence.

Nous n’avons pas utilisé, sciemment, le titre de premier ministre lorsque nous avons parlé de Jean Charest puisque nous considérons qu’il a dupé la population du Québec en disant qu’il voulait avoir les deux mains sur le volant, puisqu’il a démontré qu’il n’est pas à la hauteur de la fonction. L’a-t-il déjà été…

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