Québec suicidaire

Québec suicidaire

25 juillet 2011 par 

Jack, Jack, Jack, Jack, votaient les canards, les perdrix et les sarcelles… attaboy, disait le vent, on accouche d’un éléphant blanc ! Électorat volatil, disaient-ils, et c’est ainsi qu’on a cavalièrement viré Gilles Duceppe et près d’une cinquantaine de parlementaires aguerris, des hommes et des femmes rompus aux pratiques de la Chambre des communes, des gens dévoués, expérimentés, au fait des dossiers les plus pointus, les relayeurs à Ottawa des décisions consensuelles prises à l’Assemblée nationale et qui touchent les éléments les plus sensibles de notre « spécificité » québécoise, les défenseurs de notre culture sur la scène fédérale, des gens qui veillaient au grain, débusquaient les pratiques douteuses, imposaient le français dans un cénacle à majorité anglophone, des personnes engagées, venues en politique avec des idéaux, du courage, des connaissances, un flair politique et de la détermination, et on les a remplacées par quoi, par qui ? (silence dans les chaumières) ; oh, bien sûr, on pourra toujours répliquer que ce n’était pas un vote contre le Bloc et que l’idée était d’empêcher Harper de former un gouvernement majoritaire, mais nous voici tout de même gros Jean comme devant avec l’autre Jean qui reprend du poil de la bête parce que, bête comme il est, le PQ est allé se jeter pieds et mains liés dans l’arène du tandem Labeaume-Péladeau. Pourquoi au juste, pour faire plaisir à l’électorat de Québec ? Et les grands principes de transparence alors, les hauts cris à propos de la collusion, des passe-droits, des ententes secrètes, des enveloppes brunes, c’était quoi ? De la frime, une tribune pour jouer les vierges offensées, un plateau où l’on s’affiche avec un bandeau blanc pour les seuls fins de la parade, une pavane médiatisée ? Et parlons en donc de Québec, de la ville de Québec, non, mais vous en avez pas soupé, vous autres, d’être soumis à une espèce de chantage permanent, Québec la mal aimée, la souffre-douleur, polluée avec plaisir et satisfaction par des radios poubelles infamantes et dégradantes, Québec, notre soi-disant Capitale nationale qui a voté NON au dernier référendum, Québec qui vote conservateur, péquiste, adéquiste, néodémocrate, n’importe quoi bref en autant qu’on lui promette des candies, du pain et des jeux, et c’est cela le plus terrible, à la grandeur du Québec cette fois, nous sommes devenus un peuple loose cannon qui ne vote plus selon ses convictions mais selon ses humeurs du moment, ce qui signifie que n’importe quel tarlais peut se lever de son coin de pays ou sortir de son armoire à balais en se proclamant le héros du jour, le magicien qui détient toutes les solutions, il n’a qu’à faire jaillir un lapin de son chapeau même si c’est là l’unique tour qu’il connaît et voici tout le monde en pâmoison, voici que les sondages le proclament immédiatement gagnant, lui et la génération spontanée qu’il a suscitée, la gang de pas d’allure dont il suscite l’adhésion et qui veut bien profiter de la free ride, et c’est n’importe quoi comme discours, ça parle d’éducation en oubliant de dire que nos jeunes ne savent pas écrire et ne connaissent rien à leur histoire, ça parle de santé, des coûts de la santé, sans jamais évoquer le fait que c’est notre mode de vie, l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, la chimie que nous avalons, le stress de l’isolement social que nous subissons qui sont la cause de la plupart des maladies, ça parle d’économie, ah là par exemple, l’économie, on en parle, Plan Nord et développement hydroélectrique pendant que comme le souligne à propos Richard Desjardins on n’est même pas capable de fournir de l’électricité et de l’eau courante aux Indiens de la réserve de Kitcisakik, et je bifurque, et je m’emporte, et je fais flèche de tout bois mais comment ne pas revenir sur les conservateurs, réélus malgré les outrages au Parlement, malgré le contrôle de l’information, avec un Tony Clement qui a saupoudré 50 millions dans sa circonscription dans la foulée du sommet du G8 et qui se retrouve aujourd’hui ministre du Conseil du Trésor (ça augure bien !), avec le créationniste Gary Goodyear ministre d’État aux Sciences et à la Technologie, et vous l’aurez voulu, désormais la très grande majorité de ceux et celles que vous allez entendre s’exprimer en français à partir de la scène fédérale vont le faire dans un sabir douteux, une langue approximative quand elle n’est pas carrément fautive, un mâchouillement truffé de non-sens, d’anglicismes et de tournures grotesques et pendant ce temps-là, le drapeau canadien flotte triomphalement sur la terrasse Dufferin où il est le seul visible à l’horizon (Québec, Capitale nationale !) ; Claude Garcia est aujourd’hui adéquiste (« Il [ne] faut pas gagner, le 30 octobre, il faut [les] écraser », référendum 1995) ; sans parti et sans programme, François Legault mène dans les sondages ; oui, mais l’important, c’est de voter, n’est-ce pas ? Pour n’importe qui ?

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