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VOL XXIII No.6 Agriculture de proximité: un engagement social

Une page d’histoire à écrire

Femmes et politique

Une page d’histoire à écrire

1 juillet 2009 par 

À l’approche des élections municipales de novembre 2009, plusieurs centres de femmes du Bas-Saint-Laurent et la Table de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent ont entrepris diverses initiatives en vue de favoriser l’élection et la représentation politique des femmes. Le colloque Le Municipal dans tous ses états du Réseau de solidarité municipale du Bas-Saint-Laurent, qui s’est tenu à Rivière-du-loup en avril dernier, a réuni une centaine de personnes, principalement des élus et des gens intéressés à agir en ce sens. La mise sur pied d’un comité Femmes et Ville à Rimouski est une autre initiative qui vise à favoriser la représentation des femmes en politique, à enrichir la vie municipale par leur participation citoyenne et à prendre en considération leurs besoins et réalités, ceux-ci étant indissociables de leur accession au pouvoir.

Les femmes ont mis à l’ordre du jour des questions liées à la contraception, à la violence conjugale, à la conciliation travail/famille et aux congés parentaux, pour ne nommer que ces exemples. Elles ont ainsi démontré que des rapports de pouvoir existent dans le privé. Elles ont prouvé que le privé est politique.

Dans la pensée occidentale, la politique a toujours été définie comme distincte de la sphère privée. Dans l’Antiquité, les Grecs avaient une vision très marquée de la séparation entre la sphère publique, lieu privilégié d’expression politique, et la sphère privée, lieu des nécessités et de la reproduction de la vie. L’attribution de la sphère privée aux femmes et de la sphère publique aux hommes date de cette époque. À travers un processus de socialisation qui cantonne les hommes et les femmes dans des rôles sociaux attribués à leur sexe, il y a structuration des domaines d’intérêts, du genre féminin et du genre masculin, de la division du travail et du type d’implication de chacun. Il est important de se rendre compte que cette socialisation est une construction sociale et historique qui induit, encore aujourd’hui, certains rapports de pouvoir limitant l’accessibilité et la contribution des femmes à la chose publique.

Portrait de la situation des femmes dans les lieux de pouvoir bas-laurentiens

En 2009, l’Assemblée nationale du Québec compte 37 députées, sur un total de 125. Les femmes forment donc 29,6 % de la députation, alors qu’elles constituent plus de la moitié de la population québécoise. À Rimouski, il y a une conseillère municipale pour un total de dix, ce qui fait une « représentation femme » de 10 %. Dans le Bas-Saint-Laurent, il y a 15,5 % de mairesses, 28,4 % de conseillères municipales et aucune femme n’est préfète1. Les chiffres sont sensiblement les mêmes dans tout le Québec. Pourtant, le pouvoir municipal est le pallier le plus près des citoyens et le plus accessible.

Le tiers des instances décisionnelles du Bas-Saint-Laurent se rapproche de la parité en matière de représentation. Les femmes et les hommes s’impliquent majoritairement dans les milieux qui ont été historiquement attribués à leur sexe. De fait, on remarque que les femmes s’impliquent surtout au sein des conseils d’administration des milieux de la santé, de l’éducation, de la culture, de la jeunesse et des aînés. Quant aux hommes, ils sont davantage impliqués dans les instances liées à l’économie, aux affaires, au développement et à la politique. Là où les grandes décisions qui structurent les autres domaines, et les orientations en matière de santé, de culture et d’éducation, se prennent2...

En effet, dans les milieux historiquement attribués aux hommes et dans les lieux de pouvoir, la représentation des femmes est faible, allant d’inexistante à un seuil maximal d’à peu près 30 % dans le meilleur des cas. Certaines personnes parlent d’un seuil dit infranchissable en termes de paroi de verre. « Il s’agit de barrières invisibles et verticales qui, quel que soit le niveau hiérarchique, cantonnent les femmes dans des domaines considérés comme moins stratégiques et moins visibles (ressources humaines, administration, secrétariat, soins portés aux autres, etc.)3. » Plusieurs femmes sont présentes au sein de hauts postes de pouvoir et des milieux traditionnellement masculins, mais il ne faut pas généraliser ces cas particuliers à l’ensemble de la population féminine et croire que le Québec est un chef de file en matière de partage équitable des pouvoirs.

L’impact de la socialisation et des rapports sociaux de sexe sur la participation citoyenne et la représentation politique

La récente accession des femmes au statut de citoyennes à part entière, leurs conditions socio-économiques plus précaires, les facteurs d’ordre culturel et politique comme la socialisation, les rôles et les rapports sociaux entre les sexes nous permettent de mieux comprendre pourquoi elles sont sous-représentées en politique, et pourquoi elles se sentent moins attirées par le domaine. Un obstacle souvent identifié par les femmes, et qui freine leur présence dans les lieux de pouvoir et dans les secteurs plus traditionnellement masculins, est la culture de confrontation et de compétition qui anime ces milieux. « L’action politique entre en conflit avec la socialisation traditionnelle des femmes qui les dispose, entre autres, à rechercher et à entretenir l’harmonie entre les personnes, notamment au sein de la famille. Par conséquent, les opinions tranchées et les affrontements directs que suppose le débat politique seraient incompatibles avec leur socialisation, qui les préparerait davantage à la recherche du consensus.4 » La politique n’est donc pas à leur image, celle-ci ayant été forgée par les hommes pendant des siècles au sein du système qu’est le patriarcat. Puisque ce système n’est pas le fruit d’un destin biologique, mais bien de construits sociaux historiques, il est possible de le modifier.

L’égalité et la parité pour une représentation plus démocratique

Pour qu’un changement réel se fasse sentir, il est important qu’un nombre significatif de femmes s’implique dans les instances décisionnelles. On situe ce seuil entre 40 % et 60 % : la parité! L’existence d’une « masse critique » contribue à ce que la présence des femmes se fasse sentir efficacement. Lorsque les femmes forment moins de 15 % d’une assemblée, elles ne sont qu’une simple minorité. La chercheuse Pippa Norris5 considère qu’à partir de 40 %, un groupe est en mesure d’influencer la définition de l’ordre du jour politique, et atteint un équilibre comme c’est le cas dans les pays scandinaves. « La démocratie paritaire a principalement trois buts : enrichir la démocratie grâce à une contribution égale des femmes et des hommes, instaurer plus pleinement la justice et l’équité au sein de la société et offrir la possibilité d’une nouvelle contribution à la vie politique, celle des femmes. »

La présence des femmes en politique change les orientations et les comportements politiques des électrices. Celles-ci s’intéresseraient plus à la chose publique et se sentiraient aussi plus compétentes et efficaces pour faire de la politique quand elles sont représentées par des femmes. Leur sentiment de confiance envers la gouverne politique augmente lorsque les Parlements, les conseils et autres instances comptent plus de femmes6. Les femmes en politique auraient donc un effet d’empowerment sur la population féminine en général. Comme le remarque à juste titre Manon Tremblay, leur présence en politique et leur participation à la vie citoyenne transmet le message aux femmes qu’elles sont compétentes et que le monde politique leur est accessible.

À quand plus de femmes en politique et dans les lieux de pouvoir? Qu’en sera-t-il du résultat des élections municipales en novembre 2009

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Notes:

1-2. Les statistiques présentés dans ce texte proviennent du site du Conseil du statut de la femme, www.csf.gouv.qc.ca

3. Françoise DeBry, « Les femmes dans l’entreprise. Un problème de responsabilité sociale », www.lux-ias.lu/PDF/DeBry.pdf

4-5. Lucie Desrochers, « Les femmes et les institutions démocratiques : pour une meilleure participation politique », Conseil du statut de la femme, octobre 2002.

6. Lonna Rae Atkeson et Nancy Carillo (2007), et Angela High-Pippert et John Comer (1998) cité dans Manon Tremblay, 100 Questions sur les femmes et la politique, Montréal, Les éditions remue-ménage, 2008, p. 66-67.

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