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Vol XXIV No 1, Aider les proches aidants et aidantes

Le jugement et la critique : les oubliés de la conscience

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Le jugement et la critique : les oubliés de la conscience

1 janvier 2009 par 

Comme vous le dites si bien, le Guide vise à outiller les élus municipaux pour qu’ils puissent naviguer dans « le cadre institutionnel, économique et social actuel ». Or il aurait été pertinent comme universitaire de donner quelques indications justement sur le cadre dans lequel naviguent les élus, sur celui entre autres de la gouvernance néolibérale, et de mettre en perspective les enjeux de société relatifs aux projets éoliens avant de construire une boîte à outils qui, soit dit en passant, n’est pas inintéressante comme je le souligne dans mon article. J’encourage même les comités de vigilance, nouvellement créés depuis l’annonce du dernier appel d’offres, de prendre connaissance du Guide, car je suis convaincu qu’ils sauront y trouver des arguments pour contrer un processus de participation qui morcelle les solidarités collectives.

Votre réponse à mon article vise les questions du jugement et de la critique. Sur la question du jugement, je n’ai jamais prétendu que le Guide devait dire quoi penser. Je dis tout simplement que le Guide laisse entendre que l’enjeu repose sur l’information, la consultation et la concertation (homo faber ou la boîte à outils, qui me semble essentielle), alors que je défends plutôt l’idée que l’enjeu est une question de jugement (homo sapiens ou savoir juger de manière autonome et libre, qui me semble fondamental). La formation du jugement est de nature pédagogique et elle est au fondement de la conscience. L’enseignement au primaire jusqu’à l’université vise en principe la formation du jugement. Je sais par ailleurs que le jugement est une notion qui est menacée comme en témoigne le peu d’importance que l’on accorde à l’enseignement de la philosophie. Juger est ce qui permet d’agir selon des valeurs et de résister à ce qui nous semble inacceptable. La science et la recherche n’échappent pas au jugement même si elles prétendent à l’objectivité et à la neutralité.

Vous dites que l’objectif du Guide n’est pas de juger. Pourtant, la page couverture, avec l’enfant dans un paysage éolien, est une image qui n’est pas neutre et donc chargée d’une pluralité de sens, comme n’importe quelle image. On peut en déduire que vous avez probablement jugé qu’elle concordait avec les objectifs de la recherche. J’ai, de mon côté, tout simplement jugé, dans mon article, que cette image laissait croire que la technologie et l’humain font partie d’une même réalité, que les projets éoliens en milieu habité sont garants de l’avenir et qu’ils s’inscrivent dans le cadre du développement durable.

La question de la critique a aussi une mauvaise presse et elle est souvent associée à une idée négative comme vous le laissez entendre en affirmant que ma critique du Guide est un éteignoir à la mobilisation collective. La critique signifie plutôt, selon Kant, cette tentative de découvrir les limites de la raison et de lutter contre le dogmatisme. C’est ce que j’ai tout simplement voulu faire dans ma critique du Guide en en fixant les limites, dont vous en avez certainement conscience, tout en pointant à la fin de mon article le dogme de la culture entrepreneuriale qui menace la participation et la démocratie.

Finalement, contrairement à ce que vous proposez, il ne s’agit pas tellement que chacun se fasse une opinion sur le Guide, puisque nous resterions enfermés dans une logique individualiste, mais que les opinions soient débattues collectivement tout en visant des actions bien concrètes. Il ne s’agit toujours pas ici de dire quoi penser, mais de penser avec le monde et pour un monde meilleur. Quant au « Grand Soir », sachons préserver ce qu’il avait de mieux : un rêve de justice et d’égalité.

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